C’est dans la célèbre collection blanche des éditions Gallimard qu’est paru, le 3 janvier 2020, La Loi du rêveur, tout dernier roman de Daniel Pennac. Une leçon sur le pouvoir de la fiction diront certains. Dans ce livre, on retrouve tout le talent et la fantaisie du conteur qui nous emmène cette fois-ci dans une histoire où les rêves s’emboîtent, comme des poupées russes, les uns dans les autres.

L’enfance, thématique privilégiée par Daniel Pennac dans nombre de ses livres, est au cœur de l’histoire de La loi du rêveur. Dans ce roman publié aux éditions Gallimard, l’auteur débute son intrigue par une rencontre entre lui-même et son ami Louis. Comme dans ces livres pour enfants, Daniel Pennac et Louis introduisent le récit et l’auteur soutient qu’il est « devenu écrivain la nuit de cette conversation ».

 

Résumé du livre

 

« L’ampoule du projecteur a explosé en plein Fellini. Minne et moi regardions Amarcord du fond de notre lit.
— Ah ! Non ! Merde !
J’ai flanqué une chaise sur une table et je suis monté à l’assaut pour changer l’ampoule carbonisée. Explosion sourde, la maison s’est éteinte, je me suis cassé la figure avec mon échafaudage et ne me suis pas relevé.
Ma femme m’a vu mort au pied du lit conjugal.
De mon côté je revivais ma vie. Il paraît que c’est fréquent. Mais elle ne se déroulait pas exactement comme je l’avais vécue. »

 

La place de Fellini dans le roman de Daniel Pennac

 

Dans La loi du rêveur, on retrace l’enfance d’un vieil enfant de 75 ans. Oxymore volontaire de la part de Daniel Pennac, la loi et le rêveur se mêlent dans ce roman pour dessiner l’histoire. Tantôt le narrateur, tantôt Fellini, le rêveur tourne autour de ses souvenirs. Le rêve vient tisser le lien entre Fellini et le narrateur. Ce dernier tient à jour le journal de ses rêves tout comme Fellini. Dessinateur et cinéaste, Fellini (1920-1993) était un grand rêveur qui dessinait ses rêves et les écrivaient. Le livre de mes rêves de Fellini, publié après sa mort, vient d’ailleurs d’être réédité en janvier 2020 par les éditions Flammarion pour le centenaire du cinéaste. Tout comme Daniel Pennac, Fellini utilisait ses rêves comme source d’inspiration pour les films qu’ils réalisaient. Il cherchait même à ce que les figurants ressemblent aux silhouettes dont il avait rêvé.

 

fellini-realisateur

 

La loi du rêveur commence par la chute de Daniel Pennac qui tombe dans un coma alors qu’il voulait changer la lampe du projecteur pour regarder le film Armacord. Une fois dans le coma, il rêve. L’auteur écrit d’ailleurs : « Rêver, c’est vivre, Fellini le savait. » Dans son énième roman, Daniel Pennac déroule le fil de ses songes.

Tous les chapitres du livre commencent par des extraits du Livre de mes rêves de Fellini. Un beau livre de près de 600 pages dans lequel Fellini écrit « lorsque j’avais six ou sept ans j’étais convaincu qu’il existait deux vies, l’une où l’on vivait les yeux ouverts et l’autre les yeux fermés ». Dans La loi du rêveur, Daniel Pennac s’imprègne de cette idée et écrit sur ces deux vies-là. Le lecteur éprouve alors des difficultés à démêler le faux du vrai : il s’agit de l’objectif de l’auteur.

 

L’importance des rêves pour Daniel Pennac

 

Roman à suspens par excellence, La loi du rêveur publié par les Éditions Gallimard, est un livre de péripéties qui repose sur les sensations. Tout au long de l’histoire, les péripéties ne s’inscrivent pas dans l’action mais dans la sensation du lecteur. Le lecteur attend le moment de la révélation en tournant page après page sans savoir à quoi s’attendre.

Daniel Pennac s’inspire du réel pour livrer une œuvre romanesque fictionnelle. S’il a dévoilé que certains des rêves présents dans ce livre sont les siens, les lecteurs peuvent seulement jouer à la devinette pour essayer de les dénicher.
Tout au long du roman, le lecteur arpente des sables mouvants à l’image de la réalité. Daniel Pennac rappelle d’ailleurs la manière dont Jacques Lacan (1901-1981), psychiatre et psychanalyste français, définit le réel : « Le réel, c’est ce qui cloche ! ». Dans La loi du rêveur, l’auteur cherche à nous montrer que le rêve est bien moins lié à cette notion de sable mouvant que la réalité.

 

daniel-pennac-livre-paris

 

Selon Daniel Pennac, tout acte de création, même du surréalisme, se traduit comme une tentative de remettre de l’ordre dans le réel. La loi du rêveur s’intéresse à la notion de fiction et montre, ou démontre, que le rêve est un mode d’expression qui laisse libre court à l’imagination. Si ce livre de Daniel Pennac est un roman à suspens, c’est notamment de par l’intensité des rêves. L’une des caractéristiques des rêves consiste en effet en l’absence de temps mort, comme une avalanche, un rêve vient sans cesse remplacer le rêve précédent. Dans un rêve, tout n’est que sensation et c’est ce que l’auteur a tenté de retranscrire avec brio dans La loi du rêveur.

Daniel Pennac aime la manière dont les rêves se déclenchent de manière autonome et font vivre aux rêveurs les situations les plus rocambolesques. Pour l’auteur, ces rêves sont le véritable moteur du travail de création. Ils lui permettent d’ajouter des fragments de son inconscient dans ses livres.

 

Daniel Pennac, l’auteur

 

Né en 1944 au Maroc, Daniel Pennac est un écrivain et romancier français. Son œuvre a plusieurs fois été récompensée, notamment avec le Prix Mystère de la critique en 1988 pour La Fée carabine, le Prix du Livre Inter en 1990 pour La Petite Marchande de prose et le Prix Renaudot en 2007 pour son roman autobiographique Chagrin d’école. En 2005, Daniel Pennac a également reçu le Prix Ulysse pour l’ensemble de son œuvre, ainsi que le Grand prix Metropolis bleu en 2008.
Albums pour enfants, livres illustrés, pièces de théâtre, essais, romans pour la jeunesse et pour les adultes, scénarios pour le cinéma ou la télévision, Daniel Pennac s’est essayé à tous les genres littéraires avec brio tout au long de sa carrière d’écrivain.

Share This