Comment une mère peut-elle être jalouse de son propre enfant ? Un thème intéressant et peut-être dérangeant que nous livre Amélie Nothomb dans ce conte. Elle brise le tabou du parent toxique en exploitant ce sujet sensible dans son 25 ème roman. Découvrez en plus sur le livre au fil de cet article !

 

 

L’Auteure Amélie Nothomb

 

La romancière Amélie Nothomb est née à Etterbeek en 1966, au sein d’une famille de la noblesse belge. Après avoir suivi son père, diplomate, dans différents pays du monde, elle retourne en Belgique à l’âge de 17 ans et envisage de devenir enseignante

Une fois ses études terminées, elle retourne au Japon où son père est devenu ambassadeur de Belgique et effectue un stage d’interprète. Elle publie son premier roman « Hygiène de l’assassin » chez Albin Michel et continuera ensuite à publier une œuvre par an. Ce dernier à reçu en France le prix Alain-Fournier.

Parmi les romans d’Amélie Nothomb, « Stupeur et tremblements » (1999) à remporté le Grand Prix du roman de l’Académie française et le prix des libraires du Québec. « Le Fait du prince » (2008) a obtenu le Grand Prix Jean-Giono.

Son conte cruel « Frappe-toi le coeur » est son vingt-cinquième roman et commence un peu comme un « Madame Bovary » des années 1970.

 

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Résumé du livre

 

Tout commence avec l’histoire de Marie, une belle jeune femme blonde de province, qui adore plaire aux garçons et susciter la jalousie de ses copines de Lycée.

« Il y avait une joie encore beaucoup plus puissante : il s’agissait de susciter la jalousie des autres. Quand Marie voyait les filles la regarder avec cette envie douloureuse, elle jouissait de leur supplice au point d’en avoir la bouche sèche ».

 

Quand le jeune Olivier lui fait la cour, elle se laisse forcément charmer. Après tout, il est le prétendant le plus convoité de sa ville et elle imagine déjà ses amies en mourir de jalousie.

L’histoire se déroule dans les années 70 et la contraception est encore interdite aux jeunes filles à cette époque. Comme cela devait arriver, Marie tombe enceinte. Alors que faire ? Elle n’a pas le choix, elle épouse ce futur pharmacien qui, lui, est ravi.

Tout au long de sa grossesse, Marie déprime. Elle n’est décidément pas prête à devenir maman… Pourtant, une jolie petite fille née : Diane. C’est d’ailleurs un si beau bébé que toute sa famille est en admiration ! Indubitablement, Marie n’est plus le centre d’attention et elle devient tout de suite très jalouse de son enfant.

La vérité est que la jeune mère a beau avoir tous les dons de la terre, elle possède aussi une vraie malédiction : La jalousie.

« Pour instaurer son règne, la jalousie n’a aucun besoin d’un motif. »

 

Toute son enfance, Diane sera privée de tendresse et d’amour maternel. La jeune enfant est surdouée et elle comprend très vite la situation, elle cherche pourtant toutes les excuses à cette mère qui la déteste. Elle reste une petite fille qui recherche l’amour de sa maman et tente d’oublier son mépris par tous les moyens.

Tout va changer quand sa mère aura deux autres enfants : un frère et une sœur.

Diane pensait être détestée parce qu’elle était une fille, il n’était donc pas étonnant que sa mère préfère son petit frère. Pourtant, elle se rend compte que ce n’est pas le cas après la naissance de sa sœur. Celle-ci bénéficie de toute l’attention que la jeune Diane a toujours recherchée.

« Maman, j’ai tout accepté, j’ai toujours été de ton côté, je t’ai donné raison jusque dans tes injustices les plus flagrantes, j’ai supporté ta jalousie parce que je comprenais que tu attendais davantage de l’existence, j’ai enduré que tu m’en veuilles des compliments des autres et que tu me le fasses payer, j’ai toléré que tu montres ta tendresse à mon frère alors que tu ne m’en as jamais témoigné une miette, mais là, ce que tu as fais devant moi, c’est mal. Une seule fois, tu m’as aimée, et j’ai su qu’il n’y avait rien de meilleur en ce monde. »

 

Maintenant étudiante en médecine, Diane se lie d’amitié avec une professeure de cardiologie dont elle est fascinée. Elle va nouer une relation destructrice avec cette dernière. Une question se pose alors : Peut-on se libérer de l’emprise maternelle ?

 

 

Frappe-toi le cœur

 

Le titre du livre lui vient d’un vers d’Alfred Musset : « Ah ! Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie ». Il est tiré d’une de ses premières poésies, dédiées à Edouard Boucher.

Amélie Nothomb avoue qu’à l’âge de 10 ans elle a rencontré une petite fille que sa mère n’aimait pas. Elle a été ravagée par cette découverte et c’est sans doute pour cette raison qu’elle souhaite toucher ses lecteurs avec ce thème.

Dans ce conte d’aujourd’hui, différentes femmes font leurs apparitions et s’éteignent au fil des jalousies : D’abord Marie seule, puis Diane et sa mère, la douce Elisabeth, Olivia, ou encore Célia…

Si l’écrivaine trouve ce sentiment intéressant, c’est parce qu’il ne correspond à aucune pulsion ou besoin physiologique. Pourtant, il peut anéantir totalement une personne ! C’est un ressenti qui parle à tout le monde. Nous avons tous été jaloux ou jalousés, à des degrés différents.

L’auteure de « Riquet à la houppe » (2016) et de « Le crime du comte Neville » (2015) nous offre presque une nouvelle version moderne de « Cendrillon », si ce n’est que cette fois-ci la belle-mère n’est pas en cause et que la jeune fille se libère sans l’aide d’un quelconque prince charmant. La solitude est en fait plutôt sur le devant de la scène et ce n’est pas sans rappeler « Les prénoms épicènes » qu’elle écrira plus tard.

Cet ouvrage d’Amélie Nothomb existe aussi en livre audio, avec la voix de Françoise Gillard.

 

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Critique du livre

 

Ce conte amène tous les parents à se questionner sur la relation qu’ils peuvent avoir avec leurs enfants. Comment leur donner des repères solides pour ne pas reproduire les erreurs de cette mère un peu trop égocentrique ?

S’il touche autant, c’est parce qu’il parle d’un sujet tabou qui n’est pas si anodin que ça. Le thème de la jalousie d’une mère vers son enfant est pourtant peu utilisé en littérature. Alors quels sont les avis des critiques sur la dernière œuvre choc de cette autrice de talent ?

Selon le quotidien français « Liberation » : « C’est un livre merveilleux, pas gai, où s’exerce le génie de l’enfance ».

Le magazine d’actualité hebdomadaire « Le point » souligne qu’Amélie Nothomb a réussi à se faire une place originale dans notre république de lettres. Le conte pour adulte qu’elle a écrit est acide et drôle, mais surtout original !

Pour le magazine culturel « Télérama », ce livre glaçant et centré sur les femmes et il est l’un de ses meilleurs.