Vous avez sans doute entendu parler d’Amélie Nothomb, un grand nom de la littérature ! Mais connaissez-vous bien ses romans ? Dans cet article, nous vous parlons de « Les prénoms épicènes » qui a connu un grand succès. Découvrez l’histoire de ce livre et sa critique littéraire.

 

 

Amélie Nothomb

 

Fabienne Claire Nothomb, de son vrai nom, est issue d’une famille catholique dont les principaux centres d’intérêts sont la littérature et la politique. Son père est d’ailleurs diplomate et ses différents postes dans divers pays du monde lui permettront de connaître différentes cultures.

La jeune femme envisagera d’être enseignante avant de travailler au Japon et d’écrire « Hygiène de l’assassin », publié en 1992. La romancière prolifique démarrera alors son métier d’écrivain et publiera un livre par an aux éditions Albin Michel.

L’autrice est connue pour ses livres : « Le crime du comte Neville », « Métaphysique des tubes » ou « Le Sabotage amoureux ». En 1995 elle remporte le prix Jean Giono pour « Les Catilinaires ». Celui du Grand prix du roman de l’Académie française pour « Stupeur et Tremblements » est obtenu en 1999.

Pour en apprendre un peu plus sur l‘auteure, nous vous conseillons le livre « La bouche des carpes », de l’auteur Michel Robert, dans lequel Amélie se livre sur sa vie privée et sa création littéraire.

Si certaines de ses œuvres sont à caractère autobiographique, son 27ème roman « Les Prénoms épicènes » n’a rien à voir avec une situation personnelle. L‘autrice, grande observatrice, est témoin chaque jour de parents qui s’apparentent un peu à des « monstres » modernes.

Elle aime parler de ce sujet et l’exploite d’ailleurs dans « Frappe-toi le cœur », qui raconte la relation dévastatrice d’une mère et sa fille. Elle aborde de nouveau le sujet des parents toxiques en impliquant cette fois-ci la relation avec un père manipulateur. Ce roman parle d’emprise et aborde surtout un côté très psychologique de la perception de l’enfant et de sa construction.

La photographie d’Amélie Nothomb illustrant la couverture de son roman a été réalisée par Jean-Baptiste Mondino. L’œuvre a également été adaptée en livre audio, lu par Françoise Gillard.

 

 

Résumé du livre

 

Dominique a 25 ans, elle rencontre Claude Guillaume à la terrasse d’un café de Brest. Il la regarde, il lui propose un verre. Une coupe de Deutz plus tard, il lui parle de la société qu’il compte créer à Paris et l’histoire commence. Au début elle se méfie bien sûr, mais il semble parfait et ses parents approuvent cette relation. Ce n’est pas l’amour de sa vie, mais elle s’en accommode bien !

Dans cette première partie du livre, on apprend donc à connaître Dominique. La jeune provinciale tombe sous le charme de cet homme ambitieux dont elle ne se méfie pas. Elle ne l’aime pas tout de suite, mais ses parents approuvent leur relation et… il est gentil. Ils s’installent donc ensemble dans la rue Etienne-Marcel et rêvent d’entrer dans la « bonne société ». Quand Claude lui demande de l’épouser, Dominique accepte. Il occupe un poste prestigieux, et elle joue parfaitement son rôle d’épouse.

Suite logique, ils désirent un enfant. Claude le veut même plus que tout. L’attente de cette grossesse qui tarde à venir, 4 ans tout de même, sera d’ailleurs mal vécu par ce futur papa qui le fera bien sentir à sa femme. Le couple aura pourtant bien une fille et Claude suggérera de l’appeler… Épicène. Un rappel à leurs propres prénoms qui n’ont pas de genre et qui donne tout son sens au titre de cette histoire. L’enfant devra donc grandir avec un nom peu commun et la différence qu’il lui apporte.

« Le plus terrible, ce n’est pas d’être malheureux, c’est que cela n’ait aucun sens. »

 

Malgré l’attente plus que désirée de cet enfant, Claude ne lui portera aucune attention. Il voulait trois enfants, mais elle sera sa fille unique. Elle n’est en fait, sans le savoir, que le pion d’un énorme et long plan de vengeance. Mais après tout, on dit bien que la vengeance est un plat qui se mange froid… !

La petite Épicène en souffrira beaucoup et accumulera de la haine au fil des années. Le père de famille utilise sa femme et sa fille comme des pions, il est calculateur et froid. La description parfaite du parent toxique. À l’âge de 5 ans, elle se dira d’ailleurs à elle-même : « Je n’aime pas papa » et cette pensée la suivra toute sa vie. C’est une enfant intelligente, qui comprend très vite que son père la déteste et manipule sa mère.

« Quand on a été mordu par un serpent, il faut aspirer le venin et le recracher. « Comment procéder quand la morsure est située partout en soi ? »

 

Dominique refuse pourtant d’admettre son attitude. Épicène tentera alors de se protéger comme elle le peut, en s’éteignant comme un cœlacanthe.

« Il existe un poisson nommé cœlacanthe qui a le pouvoir de s’éteindre pendant des années si son biotope devient trop hostile : il se laisse gagner par la mort en attendant les conditions de sa résurrection. Sans le savoir, Épicène recourut au stratagème du cœlacanthe. Elle commit ce suicide symbolique qui consiste à se mettre entre parenthèses. »

 

Mais pourquoi il se comporte ainsi ? Cette question, longtemps restée sans réponse, finira par être élucidée et mettra un terme à ce conte.

 

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Les inspirations du roman

 

Ce roman contemporain est inspiré d’une pièce ironique de Ben Johnson : « Epicoene, or the Silent Woman » (Épicène, ou la Femme silencieuse). Ce dramaturge anglais de la renaissance était ami et rival de William Shakespeare.

Dans cette comédie, le personnage principal « Morose » est un vieux garçon qui ne supporte que le bruit de sa propre voix. Il vit dans une rue silencieuse, ferme ses fenêtres, demande à ses servants de lui parler en gestes et couvre même ses escaliers de tapis pour atténuer le son des pas. Un jour, il décide de se marier pour ne pas laisser son héritage à son neveu, qui est accusé de répandre des calomnies sur lui. Il tombe amoureux d’une jeune femme nommée Epicoene, silencieuse et discrète.

Une fois le mariage conclu, la jeune fille se met à parler de plus en plus et rend complètement fou Morose. Il exige alors le divorce et engage deux experts qui ne sont autres que des alliés déguisés de son neveu. Ce dernier demande une somme d’argent à son Oncle pour l’aider et va dévoiler toute la vérité sur Epicoene, qui est en fait un homme se faisant passer pour une femme.

La pièce est conclue par : « La femme parfaite est… un homme » et c’est ce qui inspire cette histoire d’ambiguïté entre les sexes à Amélie Nothomb.

Sur le plateau de La Grande Librairie, Amélie explique qu’une jeune fille qui n’est pas aimée par son père peine généralement à se construire en tant que femme. Le prénom épicène, qui ne désigne ni une femme ni un homme, prend alors tout son sens.

 

 

Critique de « Les prénoms Épicènes »

 

Comme toujours, les avis sur les livres d’Amélie Nothomb sont très partagés.

Selon « LaPresse », ce roman divertissant est oublié dès la dernière page lue alors que « Lexpress » indique : Du Nothomb pur sucre.

Quand « LeFigaro » déclare que ce livre est un conte intelligent mais facile, « Télérama » prend le parti de la romancière en avançant qu’il se détache du lot et qu’il est à contre-courant des tendances.