Après son premier roman Hygiène de l’assassin, Amélie Nothomb nous livre dans Sabotage Amoureux une version romancée de ses pensées d’enfant lorsqu’elle vivait en Chine. L’auteure nous parle de son histoire d’amour authentique, de jeux d’enfant et de son sentiment de déracinement total. Découvrez en plus sur ce roman  publié en 1993 primé et apprécié des lecteurs.

 

Amélie Nothomb : petite biographie de l’auteure

 

Amélie Nothomb est née dans la commune de Etterbeek en 1966, au sein d’une famille de la noblesse belge. Son père est Patrick Nothomb, ambassadeur de Belgique. Diplomate, il sert comme consul général à Osaka, peut après la naissance de sa fille. Amélie vit au Japon, elle est contrainte de quitter son pays natal pour suivre son père à Pékin, New-York et même en Asie du Sud-Est (Laos, Birmanie, Bangladesh).

C’est à l’âge de 17 ans qu’elle revient en Belgique et entame une première année de droit. Elle obtient une licence en philologie romane, puis envisage de devenir enseignante. Après avoir obtenu son agrégation, elle décide finalement de retourner au Japon où son père est nommé ambassadeur. Ce voyage lui inspirera deux de ses œuvres dont Stupeurs et tremblements et le personnage d’Haneda.

Elle écrit son premier roman Hygiène de l’assassin en 1992. Suivra Le sabotage amoureux en 1993, dans lequel elle écrit son enfance romancée, qui est en réalité son dix-septième manuscrit. L’auteur avoue en effet écrire environ quatre romans par an, mais n’en publier qu’un seul. Son second livre a remporté le Prix littéraire de la Vocation et le Prix Jacques-Chardonne. Il a été adapté à l’Opéra en 1993 par Daniel Schell qui a écrit le livret et la musique.

 

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En 1999, c’est une adaptation de Pascal Lissillour qui est jouée au théâtre du Ranelagh avec Valérie Mairesse. Pétronille de Saint Rapt reçoit une nomination aux Molières 1999 dans la catégorie : Meilleure comédienne dans un second rôle.

Le livre existe également en version livre audio, lu par Pauline Huruguen aux éditions Thélème. Notre autrice est également connue pour ses œuvres : Ni d’Eve ni d’Adam, Barbe Bleue, Pétronille ou Riquet à la houppe.

Elle est récompensée de nombreux prix littéraires comme le prix du Jury Jean Giono en 1995 pour son ouvrage Les catilinaires, le Grand prix du roman de l’Académie française pour Stupeurs et tremblements en 1999, ou encore le Grand Prix Jean Giono en 2008 qui couronne « l’ensemble de l’œuvre d’un auteur de langue française ayant défendu la cause du roman » .

 

Résumé de l’œuvre

 

Ce roman que l’on peine à classer tant il est drôle, fantastique, épique et dramatique à la fois, nous permet de découvrir l’histoire d’une enfance en Chine. On apprend alors qu’un pays communiste est un pays où il y a des ventilateurs. Qu’une guerre a fait rage dans la cité ghetto de San Li Tun, ou qu’un vélo est en réalité un cheval.

L’histoire est décrite par une enfant, pour des adultes. Elle cite même quelques auteurs comme Wittgenstein ou Stendhal, inaccessibles à l’âge de la petite protagoniste.

Citation : « Aucun journal, aucune agence de presse, aucune historiographie n’a jamais mentionné la guerre mondiale du ghetto de San Li Tun, qui dura de 1972 à 1975. C’est à la faveur de cette barbarie que j’ai compris une vérité immense : grâce à l’ennemi, ce sinistre accident qu’est la vie devient une épopée. La mienne serait grandiose : les généraux de l’armée des Alliés m’avaient nommée éclaireur. Sans l’arrivée d’Elena, je serais restée invulnérable jusqu’au bout. Je l’ai aimée dès la première seconde. Elle fut ma belle Hélène, ma guerre de Troie, mon sabotage amoureux. J’ai tout vécu pendant ces trois années : l’héroïsme, la gloire, la traîtrise, l’amour, l’indifférence, la souffrance, l’humiliation. C’était en Chine, j’avais 7 ans. »

En 1975, le papa d’Amélie est nommé ambassadeur et emmène sa famille vivre en Chine. La jeune fille n’a alors que 7 ans et découvre ce pays qu’elle ne connaît pas, après avoir quitté son Japon natal et adoré.

À l’école elle n’apprend pas grand chose – mis à part faire des avions en papier. À l’extérieur, elle s’aperçoit que les enfants de diplomates sont divisés en deux groupes bien distincts : Les Allemands et les Alliés.

Citation : « On se moque des enfants qui justifient leur mauvais coups par ce gémissement : « c’est lui qui a commencé ! » Or, aucun conflit adulte ne trouve sa genèse ailleurs. »

C’est une vraie guerre mondiale qui se déroule dans le ghetto de San Li Tun. Les deux clans se battent, se capturent, se torturent. Sa petite sœur est même nommée infirmière de champs de bataille !

Citation : « Grâce à l’ennemi, ce sinistre accident qu’est la vie devient une épopée. »

Un jour, une famille italienne les rejoint en Chine et Amélie s’éprend de leur fille de 6 ans, Elena. La jolie petite fille est froide et indifférente à l’amour que lui porte Amélie. Elle va donc la pousser au sabotage en l’humiliant et en la faisant souffrir, aussi bien physiquement que mentalement. Elle va la trahir, mais aussi la mépriser. Par amour, Amélie se jetterait bien sous les sabots de son « cheval », qui est en fait son vélo, pour mieux réussir ce sabotage amoureux.

Citation :« Décrire Elena renvoyait le Cantique des cantiques au rang des inventaires de boucherie. En un seul regard, on sentait qu’aimer Elena serait à la souffrance ce que Grevisse est à la grammaire française : un classique conspué et indispensable. »

 

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Anecdotes et critiques littéraires

 

Les romans autobiographiques d’Amélie Nothomb s’apparentent à l’auto-fiction, un genre désigné par Serge Doubrovsky. C’est donc une biographie romancée que nous offre l’auteur avec son roman Le sabotage amoureux.

Dans ce dernier, elle raconte qu’elle est née le 13 août 1967 au Japon. C’est dans son roman Métaphysique des tubes que l’on retrouve cette explication, alors qu’elle parle de son état de petite « enfançonne » qui passe par plusieurs « étapes » avant de devenir adulte.

L’auteure utilise un personnage homonyme que l’on retrouve aussi dans ces livres : Biographie de la faim, Stupeur et tremblements et Ni d’Eve ni d’Adam. Ils racontent tous ses premières expériences dans des pays où son père était affecté et son déracinement.

Dans son deuxième ouvrage, le personnage qui vit son histoire n’est jamais nommé. La romancière indique vouloir ainsi faciliter l’identification de ses lecteurs, avec elle. Ils peuvent tous s’imaginer comme cet enfant dépaysé. D’ailleurs, il est également raconté à la première personne !

L’accueil de son roman en Chine fut partagé, comme celui de Stupeur et Tremblements au Japon. En effet, elle parle de son départ comme un exil et indique quitter le « pays de la beauté » (le Japon) pour le « pays de la laideur », des termes assez fort qui peuvent être mal interprétés.

En France, le livre séduit jusqu’à l’écrivain Michel Tournier qui écrit : « Un miracle d’étrangeté et de drôlerie, la Chine communiste vue par une petite fille de sept ans ».

 

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