La romancière Amélie Nothomb a passé une partie de son enfance au Japon, pays dont elle admire la beauté et l’Art de vivre. Forte de ce souvenir, elle décide de retourner vivre là-bas et décroche un travail d’interprète. Elle va vite se rendre compte de la réalité et la complexité du monde du travail nippon ! Dans ce livre, l’auteure nous livre son expérience fantasmée et ses pensées. Découvrez avec nous son résumé complet et sa critique.

 

 

Qui est Amélie Nothomb ?

 

Amélie Nothomb est née en 1966 et est originaire de Belgique. Elle est issue d’une très ancienne famille bruxelloise dont plusieurs ancêtres se sont illustrés dans la vie politique et culturelle du pays. Fille d’un ambassadeur, elle passe son enfance et son adolescence à suivre son père à New York, au Japon, en Chine, au Laos, ou encore au Bangladesh.

Après avoir véritablement travaillé comme interprète au Japon, elle se lance dans l’écriture, dès son retour en Europe. C’est « Hygiène de l’Assassin », publié en 2012 chez Albin Michel, qui lance sa notoriété et sa popularité. Parmi les livres d’Amélie Nothomb, on retient : « Le sabotage amoureux » (1993), « Mercure, Peplum, Les Catilinaires » (1995), « Cosmétique de l’ennemi » (2001) ou « Ni d’Evie ni d’Adam » (2007). Auteure prolifique, elle a été traduite dans plus de quarante langues à travers le monde.

 

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Stupeur et tremblement

 

Le titre est inspiré d’un protocole impérial japonais. L’empereur était considéré comme un dieu vivant jusqu’en 1946,. En sa présence, on devait donc manifester sa révérence avec stupeur et tremblements. On comprend toute l’importance du titre dans cette citation :

« Dans l’ancien protocole impérial nippon, il est stipulé que l’on s’adressera à l’Empereur avec stupeur et tremblements. J’ai pris donc le masque de la stupeur et commençai à trembler. »

 

La jeune Amélie vient de terminer ses études universitaires. Elle maîtrise parfaitement le japonais puisqu’elle a vécu au pays du Soleil Levant dans sa petite enfance. Elle décide donc de retourner au Japon et réalise son rêve de petite fille en décrochant un contrat d’un an comme interprète. Elle est embauchée dans la firme Yumimoto, une prestigieuse compagnie du Japon. La jeune femme est tout de suite fascinée par sa supérieure directe, la belle Mademoiselle Mori.

Dans l’entreprise, Monsieur Haneda est le supérieur de Monsieur Omochi, lui-même au-dessus de Monsieur Saito, qui donne ses ordres à Mademoiselle Mori, la supérieure directe d’Amélie-San. En résumé, dans la société Yumimoto, Amélie est aux ordres de tout le monde. Ses débuts en tant qu’employée sont difficiles, elle a beaucoup de mal à s’adapter à la culture nippone et enchaîne les erreurs. Elle se heurte à un système très rigide dont elle ne connaît pas les codes. Elle supporte les réprobations récurrentes de ses supérieurs, puis les humiliations.

« Elle marcha sur moi, avec Hiroshima dans l’œil droit et Nagasaki dans l’œil gauche. »

 

La soumission s’installe peu à peu et Amélie finit par se plier à toutes leurs exigences. Elle va réécrire des dizaines de fois la même lettre, imprimer des centaines de fois les mêmes photocopies. Alors qu’elle été embauchée comme traductrice français-japonais-anglais, elle se verra interdite d’utiliser ses compétences linguistiques et descendra les échelons jusqu’à finir comme dame-pipi.

« Ma mémoire commençait à fonctionner comme une chasse d’eau. Je la tirais le soir. Une brosse mentale éliminait les dernières traces de souillure. »

 

Selon Amélie, ses supérieurs souffrent d’un complexe de supériorité extraordinaire à l’égard des étrangers. Elle s’applique pourtant à se conduire comme une nippone en reproduisant les rites japonais et en respectant ses codes. Mais se conduire comme une vraie Japonaise est une faute, parce que l’occidentale qu’elle est ne peut atteindre le niveau de perfection des Japonais… Mori Fubuki, seule femme du roman avec le personnage principal, la jalouse pour avoir obtenu son poste en quelques semaines alors qu’elle-même s’est battue des années pour un grade équivalent. Elle sera donc sans cesse sur son dos et participera activement à l’humilier.

« Être irréprochable an travaillant avec acharnement menait à dépasser l’âge de vint cinq ans sans être mariée et  par conséquent, à ne pas être irréprochable . Le sommet du sadisme du système résidait dans son aporie : le respecter menait à ne pas le respecter . »

 

Mlle Mori n’est toujours pas mariée et en a honte, elle cherche donc à séduire tout homme acceptable. Dans les citations d’Amélie, sur ce que l’on exige des femmes nippones, on comprend qu’elle ne peut être parfaite dans les deux aspects de sa vie. Pour les femmes japonaises, il est difficile de concilier la vie de famille et la vie professionnelle !

« Si tu ris, tu ne seras pas distinguée. Si ton visage exprime un sentiment, tu es vulgaire. Si tu mentionnes l’existence d’un poil sur ton corps tu es immonde. Si tu manges avec plaisir, tu es une truie. »

 

Après 7 mois d’humiliations, Amélie pense à se défenestrer, un mot qui revient régulièrement dans les pages du livre. Elle s’étonne que le suicide ne soit pas plus fréquent. Il atteint pourtant des taux record ! Dans cette histoire, l’autrice dénonce le monde du travail japonais qui exige la perfection de ses employés. Elle expose surtout le fait de mettre à l’écart ceux qu’elle considère comme « déviants » et celui de frapper d’ostracisme les employés jugés comme incapables. Les « madogawa-zoku » par exemple, sont des employés à qui l’on a supprimé leur poste, mais pas leur titre. La plupart sont d’un certain âge. On les affecte à un bureau isolé, idéalement près d’une fenêtre. Jugés comme inutiles, on ne leur confie plus aucune tâche jusqu’à leurs démissions ou leurs retraites.

 

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Biographie d’Amélie Nothomb

 

Dans ce huitième roman paru en 1999, l’auteure expose la différence de mentalité entre les Japonais et le monde Occidental. Elle alterne avec humour les situations cocasses, une fine observation et de la démesure. Cette sorte de biographie romancée ne raconte que les journées de travail d’Amélie. Un choix particulier qui fait vivre au fil de la lecture l’enfermement qu’elle a pu ressentir. Elle se concentre ainsi sur les cadres japonais qui sont ses tortionnaires, sans jamais quitter les bureaux nippons.

Beaucoup ont reproché à Amélie Nothomb de dresser un tableau du Japon sans complaisance, mais cet ouvrage est bien sûr fantasmé et parle d’un cas particulier. Le livre a reçu le Grand prix du Roman de l’Académie française en 1999 et le Grand Prix des lecteurs du Livre de Poche en 2001. Il a été vendu à plus de 400 000 exemplaires. Alain Corneau à adapté la version cinématographique de « Stupeur et Tremblements » en 2003. C’est Sylvie Testud qui joue le rôle d’Amélie et Kaori Tsuji celui de Fubuki.

Le roman a également connu une adaptation au théâtre en France avec le « Théâtre de Poche Montparnasse » et « La Compagnie de Théâtre des Hommes » en co-réalisateurs. Le personnage principal est joué par Layla Metssitane. Après le séisme de 2011 de la côte Pacifique du Tōhoku, Amélie Nothomb écrit la nouvelle « Les Myrtilles » qu’elle ajoute à la réédition de son bouquin. Tous les bénéfices de cette version inédite ont été reversés à « Médecins du Monde ».